La Chine prépare l’ère du 400 km/h ferroviaire
China Railway (CR) s’est fixé un objectif ambitieux : inaugurer l’exploitation commerciale à 400 km/h sur certaines lignes à grande vitesse d’ici fin 2026 ou début 2027.

Cette annonce, présentée lors du 12ᵉ Congrès mondial de l’UIC sur la grande vitesse (8-11 juillet à Pékin), marque une nouvelle étape dans l’évolution du ferroviaire chinois.
Depuis l’ouverture en 2008 de la première ligne Pékin – Tianjin, le réseau chinois a connu une expansion sans précédent, atteignant aujourd’hui 48 000 km, soit 70 % de l’offre mondiale, avec une cible de 70 000 km en 2035. Reliant déjà 97 % des villes de plus de 500 000 habitants, il constitue l’épine dorsale du système de transport national, plus compétitif que l’avion sur de nombreux trajets interurbains. CR transporte chaque jour plus de 16 millions de passagers, grâce à plus de 10 000 rames à grande vitesse, avec un dispositif numérique de billetterie entièrement dématérialisée.
Après une phase d’exploitation plafonnée à 300 km/h à la suite de l’accident de Wenzhou en 2011, certaines sections sont revenues progressivement à 350 km/h. L’étape suivante est désormais le passage à 400 km/h, avec le programme CR450 Science and Technology Innovation Project. Deux prototypes – le CR450AF (CRRC Changchun) et le CR450BF (CRRC Sifang) – ont été dévoilés en 2023. Conçus à partir d’une feuille blanche, ils intègrent une aérodynamique optimisée, l’emploi de fibre de carbone, des bogies carénés, ainsi que plus de 4000 capteurs assurant une surveillance en temps réel.
Les essais réalisés sur plusieurs lignes pilotes ont permis d’atteindre 453 km/h, avec des croisements de rames dépassant 890 km/h. Pour accompagner ces vitesses extrêmes, des adaptations d’infrastructures sont en cours : élargissement des portails de tunnels, optimisation du ballast et des joints soudés, modernisation des systèmes de caténaires et de freinage, ainsi que l’intégration de barrières acoustiques. Parallèlement, CR mise sur l’intelligence artificielle pour la gestion dynamique des circulations et la prédiction de la demande.
Au-delà du marché intérieur, la Chine ambitionne d’exporter ce savoir-faire, après avoir rattrapé puis dépassé les acteurs étrangers en moins de deux décennies. L’introduction des services commerciaux à 400 km/h placerait CR dans la continuité historique des records ferroviaires mondiaux – du Shinkansen au TGV – et ouvrirait une nouvelle ère de mobilité ultrarapide, dominée par la technologie chinoise.
Auteur: Frédéric de Kemmeter
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