Alstom-Siemens, une fusion dans le viseur de Bruxelles
Selon l’édition européenne du média américain Politico, la future fusion entre les deux constructeurs européens est remise en cause. Et Siemens envisage un plan B.
La fusion entre les deux premiers industriels du ferroviaire européen Alstom et Siemens, qui devait être bouclée dans un premier temps fin 2018 et qui le sera au mieux au premier semestre 2019, est aujourd’hui remise en cause par Bruxelles. L’Europe s’oppose en l’état à cette fusion qui supprimerait de fait toute concurrence dans plusieurs secteurs du marché ferroviaire intérieur.
Selon l’édition européenne du média américain Politico, qui a recueilli deux témoignages, Bruxelles devrait s’opposer à ce rapprochement, en raison du monopole du futur groupe sur le marché intérieur européen, dans la signalisation et le contrôle, la grande vitesse, les réseaux régionaux et le métro. Autant dire, l’essentiel des activités de la future entreprise à fort accent allemand.
Un plan B pour Siemens
Du coup, les deux entreprises ont quelques semaines pour formuler des propositions qui signifient qu’elles devront abandonner un certain nombre de sites industriels. Et Politico de citer le patron de Siemens, Joe Kaeser qui a évoqué lundi 12 novembre, lors d’une conférence organisée par le journal allemand Süddeutsche Zeitung, la nécessité d’avoir un “plan B”.
La réponse définitive de la Commission européenne, qui a reçu les avis critiques d’autres pays, doit être rendue au plus tard le 28 janvier 2019. Et la réponse espérée par les partisans de la fusion est loin d’être acquise. “Pour la première fois, Joe Kaeser a émis l’hypothèse que cette fusion ne se fasse pas. C’est lui le plus intéressé, car c’est lui qui rachète Alstom et c’est Siemens qui négocie avec Bruxelles”, indique une source proche du dossier. L’industriel allemand sera beaucoup moins intéressé par ce “deal” si Alstom (et sans doute Siemens) doit abandonner de nombreuses activités. Et selon l’accord, il n’y aurait de pénalités pour personne dans ces conditions.
La direction d’Alstom optimiste
Du côté de la direction d’Alstom, l’optimisme reste la règle. Un communiqué indique : “Nous confirmons avoir reçu la communication des griefs de la Commission européenne dans le cadre de son enquête approfondie sur notre projet de fusion. Cette communication délimite l’évaluation de la Commission concernant cette transaction. Elle nous donne à la fois accès à tous les éléments du dossier ainsi qu’un droit de réponse à la Commission. Elle ne préjuge en aucun cas de la décision finale de la Commission. (…) Nous continuons de travailler étroitement avec la Commission afin de s’assurer de sa bonne compréhension des marchés pertinents et de la logique de cette opération. Nous allons maintenant analyser les préoccupations détaillées de la Commission et y répondre dans les meilleurs délais. Nous confirmons que la finalisation de la transaction reste attendue au premier semestre 2019.”
Du côté syndical, on n’entend pas la même musique. “Le dossier final doit être remis avant le 15 décembre. Quelle stratégie vont-ils adopter, s’interroge Boris Amoroz, le délégué syndical central CGT. Forcer la décision ? Arrêter le processus ? Ou lâcher des sites industriels ?” Et de rappeler qu’Alstom a un carnet de commandes rempli pour six ou sept ans et que l’argument de la menace chinoise ne tient pas. “Alstom-Siemens sera moins fort financièrement qu’Alstom tout seul. On est dans une logique de fusion capitalistique et non industrielle.” La CGT demande “un véritable Airbus du ferroviaire avec Siemens et d’autres industriels européens”.
Source: L’Usine Nouvelle

