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Un autre mode de calcul des péages TGV pourrait être envisagé

  • Un autre mode de calcul des péages TGV pourrait être envisagé

    Un autre mode de calcul des péages TGV pourrait être envisagé

    Chargé par le gouvernement de redresser le modèle économique du TGV, qui court, si rien n’est fait, à la faillite, Jean-Cyril Spinetta doit notamment se pencher sur les péages ferroviaires, les sommes versées pour pouvoir circuler sur le réseau. Un sujet technique, mais crucial : selon SNCF Mobilités, l’entité du groupe public chargée d’opérer les trains, c’est à cause du poids croissant de ces redevances que les deux tiers des lignes TGV sont devenues déficitaires. Patrick Jeantet, le PDG de SNCF Réseau, le gestionnaire des infrastructures ferroviaires, suggère, lui, de changer le mode de calcul.

     

     

     
    SNCF Réseau perçoit chaque année près de 4 milliards d’euros de péages. A quoi correspond cet argent ?
    Ces péages sont versés à SNCF Réseau par les opérateurs qui utilisent les infrastructures ferroviaires. Ils servent à couvrir les frais d’exploitation, de maintenance et de rénovation. Le principe est le même que les péages payés par les automobilistes sur les autoroutes concédées. A cela près que nous ne sommes pas, nous, profitables ! Aujourd’hui, les péages ferroviaires ne couvrent que 55 % du coût du service rendu. Si nous souhaitons poursuivre et amplifier la modernisation du réseau du quotidien, nous avons besoin de ces financements. Nos coûts, actuellement importants pour moderniser le réseau, sont prévisibles ; nos recettes doivent l’être également.

     

     

     
    Les péages ont pourtant beaucoup augmenté ces dernières années pour les TGV…
    Aujourd’hui, ils ne sont pas, en moyenne, beaucoup plus élevés que dans les autres pays européens. Faire circuler un TGV en France coûte plus cher qu’en Allemagne ou en Espagne, mais comme les trains comportent plus de sièges, le coût à la place est finalement équivalent.

     

     

     

    Alors pourquoi le gouvernement souhaite-t-il remettre la tarification à plat ?
    Il y a d’abord une contrainte réglementaire : la structure de nos péages doit être mise à jour et mieux documentée, conformément aux règles fixées par Bruxelles. Nous avons des discussions constructives sur ce sujet avec l’Arafer [le régulateur du ferroviaire, NDLR], avec l’ambition d’aboutir en 2019 à une nouvelle structure, à niveau de recettes constant. La seconde raison, c’est que le système actuel n’incite pas à maximiser le nombre de TGV circulant sur le réseau. Afin d’y remédier, un autre mode de calcul des péages pourrait être envisagé.

     

     

    Lequel ?
    Aujourd’hui, le montant des péages est fixé en fonction du nombre de trains et de la distance qu’ils parcourent, mais ne varie pas en fonction du nombre de passagers transportés : que le TGV soit vide ou plein, le montant est le même. Depuis le début de l’année, le nombre de passagers TGV a ainsi augmenté de plus de 8 %, mais dans le même temps nos recettes de péages sont restées stables. Elles ont même un peu baissé, car il y a eu un peu moins de TGV sur certaines lignes. C’est une situation paradoxale.

     

     

     
    Que préconisez-vous ?
    On pourrait imaginer un système plus incitatif où une partie des péages serait indexée au nombre de passagers transportés ou au chiffre d’affaires généré par une liaison donnée. Ce principe est déjà appliqué par d’autres gestionnaires d’infrastructures comme Eurotunnel, les Chemins de fer suisses ou les aéroports, dans l’aérien. Il offre l’avantage pour les opérateurs de moduler le coût en fonction de la fréquentation, et donc des recettes. Aujourd’hui, les deux tiers des lignes TGV seraient déficitaires. Avec un système de péages indexé au nombre de passagers, je suis sûr qu’on réduirait très sensiblement le nombre des lignes en perte.

     

     

     

    Certaines lignes resteront quoi qu’il arrive déficitaires…
    Certaines lignes ou dessertes TGV relèvent d’une logique de service public et sont aujourd’hui financées par une péréquation implicite avec les gains dégagés par les services commerciaux. Ne serait-il pas plus sain d’avoir un débat transparent sur ce qui relève de l’un et de l’autre ? Faire circuler des TGV entre Lille et Rennes, ou assurer des arrêts à Châtellerault, cela peut avoir beaucoup d’intérêt en termes d’aménagement du territoire, mais ça n’est certainement pas rentable. Il serait préférable de mettre en place un mécanisme plus transparent. Avec, à la clef, des financements explicites. Aujourd’hui, ce sujet est esquivé. Mais je note que le nouveau gouvernement a ouvert le débat sur le modèle économique du TGV, qui n’est pas, tant s’en faut, lié aux seuls péages.

     

     

    Si le gouvernement reprenait tout ou partie des 45 milliards de dette de SNCF Réseau, cela baisserait les frais financiers et permettrait de réduire également le niveau des péages…
    Je suis très favorable au désendettement de SNCF Réseau en complément de nos efforts de performance et de productivité. Mais la réflexion à mener sur la structure des péages est indépendante de ce sujet. Quoi qu’il arrive, il faudra avoir ce débat.

     

     

     

    Source: Les Echos

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