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Pourquoi les trains japonais ne sont-ils, eux, jamais en retard ?

  • Pourquoi les trains japonais ne sont-ils, eux, jamais en retard ?

    Pourquoi les trains japonais ne sont-ils, eux, jamais en retard ?

    Contrairement à la SNCF, les compagnies ferroviaires japonaises proposent une qualité de service frôlant l’excellence, malgré une affluence record. Explications.

     

     

     

    Les chiffres donnent le tournis. Trois millions trois cent mille voyageurs en moyenne chaque jour pour la seule gare de Shinjuku à Tokyo, un record mondial. Sept cent soixante-douze gares dans la capitale japonaise. Cinq gares tokyoïtes accueillant quotidiennement plus de deux millions de voyageurs. Plus de 300 trains à grande vitesse « Shinkansen » qui circulent chaque jour entre Tokyo et Osaka, à 550 kilomètres à l’ouest, dans chacun des deux sens, avec un retard moyen sur l’année de seulement 30 secondes. Le réseau ferroviaire japonais, où rivalisent de nombreuses compagnies, toutes privées, est un modèle du genre, inégalé.

     

    Les déboires à répétition rencontrés ces derniers temps par la SNCF ne seraient pas admis dans l’archipel. Le ministère des Transports japonais exige en effet une notification des retards de plus de 3 minutes, et des rapports précis pour les dépassements d’horaires dits « de grande ampleur » – rarissimes – excédant 30 minutes, selon la définition officielle. Leur cause est le plus souvent extérieure à la compagnie exploitante : 44 % sont le fait de suicides ; 8 % découlent de catastrophes naturelles, dans un pays à la merci des séismes, typhons, glissements de terrain, inondations ou tornades ; le reste relève notamment de la présence d’objets, de personnes, d’animaux ou de véhicules sur la voie.

     

    Ici, pas question d’invoquer l’affluence massive – quotidienne – pour justifier un chaos. Le chaos ne doit tout simplement pas se produire. Au-delà de 5 minutes de retard, les compagnies, qui se confondent en excuses, sont tenues de délivrer des justificatifs aux salariés, écoliers ou étudiants qui craignent d’essuyer les foudres de leurs employeurs, instituteurs ou professeurs s’ils ne se présentent pas pile à l’heure.

     

     

     

    Moyens techniques et humains exceptionnels

    La ponctualité exemplaire des trains et des métros nippons est d’abord culturelle. Les Japonais considèrent le fait de ne pas respecter une heure de rendez-vous comme un impardonnable manque de savoir-vivre. Les horaires des trains sont fixés à 15 secondes près, et le plus souvent précisément respectés, y compris sur les grandes lignes et Shinkansen. Tout le personnel ferroviaire, généralement discipliné et consciencieux, qui ne fait jamais grève, met un point d’honneur à atteindre la quasi-perfection. On a même vu récemment une compagnie publier un communiqué d’excuses parce qu’un de ses trains était parti du quai avec… 20 secondes d’avance.

     

    Cette exactitude, qui est la première obligation des compagnies, exige des moyens techniques et humains exceptionnels, et une bonne dose de pragmatisme. Le matin, aux heures de pointe, sur les lignes les plus fréquentées, ce sont des armées d’agents de quai qui canalisent les flux, gèrent les montées et descentes des voyageurs dans les trains qui se succèdent parfois toutes les minutes. Les Japonais qui viennent en France et y prennent le train restent cois lorsque moins de 10 minutes avant l’heure prévue du départ, le numéro de quai de leur train n’est toujours pas affiché. Au Japon, le quai de départ d’un train vers telle ou telle destination est décidé une fois pour toutes. Il est très exceptionnel qu’il change. Les voyageurs savent où se rendre, et cela limite les retards dus aux passagers grimpant au dernier moment.

     

    Par ailleurs, les rames s’arrêtent toujours au centimètre près devant les marquages correspondant aux numéros de voitures sur les quais. Si, par inadvertance, un dépassement est constaté, le train reculera pour corriger sa position.

     

     

     

     

    Coût
    Comment les pannes sont-elles évitées ? « Par la redondance des équipements électriques et informatiques qui doit encore être renforcée », répond un groupe d’experts chargé par le ministère des Transports de proposer des solutions pour faire encore mieux, et réduire le nombre des retards dits « chroniques » (entre 3 et 10 minutes). « La formation des personnels face aux erreurs humaines responsables de retards, et l’emploi de matériaux plus résistants permettant de limiter les conséquences des rares actes de vandalisme ou incidents sont aussi des facteurs importants », ajoutent-ils. Ils insistent aussi sur la nécessité d’exercices réguliers pour entraîner les agents à être en mesure de rétablir rapidement le service.

     

    Les rames sont régulièrement changées, dans le but notamment d’accroître leur capacité et de réduire leur vulnérabilité. Elles sont extrêmement bien entretenues : un graffiti sur une voiture la condamne à rester sur une voie de garage jusqu’à ce qu’elle soit nettoyée. Il est rare que soient rapportés des problèmes graves dus au matériel roulant. Le cas échéant, la compagnie prise en défaut est réprimandée par le ministère des Transports, les médias l’humilient, et les usagers ne se privent pas de la lyncher sur Internet.

     

    Cette excellente qualité de service a bien sûr un coût et, de facto, ce sont les passagers qui le payent. Un aller-retour Tokyo-Osaka en Shinkansen, qui équivaut à un Paris-Lyon en TGV, est facturé plus de 200 euros, et tous les tarifs, même pour les courts trajets, sont à l’avenant.

     

     

    Source: Le Point

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