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Les transports ferroviaires en Suède, on en parle !

  • Les transports ferroviaires en Suède, on en parle !

    Les transports ferroviaires en Suède, on en parle !

    Alors que la France connaît un contexte de grève générale menée par les cheminots suite à la réforme de la SNCF annoncée par le gouvernement le 26 février, la Suède fait face à d’autres enjeux. Il n’est plus question de la libéralisation des transports publics mais plutôt des conséquences de celle-ci, tant décriées par les adversaires de la réforme. La rédaction revient sur le tout premier pays européen à avoir ouvert la concurrence sur le marché des transports passagers.

     

     

     

    La Suède, pionnière dans la libéralisation des transports publics
    La concurrence synonyme d’efficacité ? C’est ce que défend la Commission européenne qui entend mettre en compétition l’ensemble des compagnies ferroviaires, publiques ou privées, dans les pays membres de l’Union européenne d’ici 2020. Un objectif qui ne plaît pas à tout le monde, mais qui ne semble pas effrayer la Suède. Pour cause, elle est le premier pays européen à avoir, en 1988, libéralisé son système ferroviaire.

     

    Dès 2010, neuf compagnies privées se sont partagées le marché. Parmi les opérateurs principaux, on retrouve Arlanda Express, Citypendeln Sverige, Connex (du groupe Veolia) ou encore la filiale danoise DSB Sverige etc*. Cependant, si l’exploitation des lignes ferroviaires est largement privatisée, celles-ci restent la propriété de l’État. Depuis les années 1990, ce marché grandissant a accueilli de plus en plus de lignes différentes et le nombre de passagers par km a doublé entre 1990 et 2016 (Source : France Info).

     

     

     

    Un réseau ferroviaire performant qui ne cesse de s’agrandir
    En moyenne, 4 000 trains circulent tous les jours sur les voies de chemin de fer, 520 000 voyages sont recensés et 180 000 tonnes de marchandises sont transportées dans les trains. Le réseau ferroviaire suédois compte un peu plus de 16 500 kilomètres de voies. L’État en gère une grande partie (11 900 kilomètres de voies de circulation) avec près de 4 000 kilomètres de trains à deux voies et/ou plusieurs voies (dont 9 800 kilomètres sont électrifiées).

     

    Le système compte également plus de 530 gares, près de 4 000 ponts ferroviaires et 150 tunnels. L’administration nationale suédoise des transports, créée en 2010, se tarde à vanter les mérites de la libéralisation du système ferroviaire. En effet, au cours de ces 25 dernières années, le trafic de passagers a augmenté de 75 % et le trafic de marchandises de 18 %. Selon elle, un peu plus de neuf trains sur dix sont à l’heure et son objectif principal reste l’amélioration de la ponctualité.

     

     

    Les institutions gouvernementales du système ferroviaire
    Outre les compagnies privées qui se partagent le marché des transports ferroviaires, l’État reste tout de même un acteur majeur de la gestion, du contrôle et de l’entretien des voies de chemin de fer. Deux institutions gouvernementales principales se partagent cette lourde tâche : l’Administration nationale suédoise des transports (Trafikverket) et l’Agence suédoise des transports (Transportstyrelsen).

    La première correspond à la fusion (2010) de l’administration routière (Vägverket) et du gestionnaire public du réseau ferroviaire suédois (Banverket). Elle est responsable du système de transport en Suède, notamment de la construction, de l’exploitation et de l’entretien des routes nationales et des chemins de fer. Sa mission consiste à planifier sur le long terme l’infrastructure pour la circulation routière, ferroviaire, marine et aérienne.

    L’Agence suédoise des transports est chargée de réguler et d’inspecter le système de transport suédois en veillant au respect de l’application des lois et directives. Elle délivre des permis de conduire et des certificats, s’occupe de la gestion ainsi que de la formation et administre les taxes (sur la congestion et sur les véhicules). Créée en 2009, elle appartient au ministère de l’Entreprise, de l’Énergie et des Communications.

     

     

     

    Un système ferroviaire mis à mal ?
    Malgré un système qui se porte globalement bien, la privatisation du marché des transports ferroviaires ne convient plus aux suédois.es qui semblent envier le modèle français. Alors que la révolte fait rage depuis l’annonce de la réforme de la SNCF, du côté de la Suède, 70 % de la population serait favorable à un retour du monopole public sur les voies de chemin de fer (Source : Arte). En effet, le pays fait face à de nombreux enjeux tels que les retards et annulations des trains. Sur certaines lignes très fréquentées, presque 30 % des trains sont en retard (Source : France Info).

    Les passagers critiquent également des prestations (variant d’une compagnie à une autre) jugées ne pas être à la hauteur du prix du billet qui a augmenté ces dernières années. L’État est souvent amené à mettre en place un budget d’urgence pour pallier aux dérégulations. Par exemple, en 2011 le gouvernement a fourni 800 millions de SEK supplémentaires pour le rail afin de corriger les problèmes de maintenance dus à la neige.

     

     

     

    Une dégradation des conditions de travail des cheminots
    Certains cheminots tirent la sonnette d’alarme concernant la maintenance du système ferroviaire, critiquant la sous-traitance de l’entretien des voies ainsi que la présence de rails déboîtés. Mais ils dénoncent surtout la dégradation de leurs conditions de travail depuis plusieurs années (baisse des retraites, pénibilité non prise en compte, une sécurité de l’emploi tangible). Un cheminot aborde dans un reportage* réalisé par France Info, la mise en place de contrat de trois ans par les entreprises, si celles-ci “perdent le marché”, les travailleurs.euses sont tout bonnement licencié.es.

     

    Un scénario que redoutent les cheminots français qui dénoncent une mise à mal des services publics et des acquis obtenus durant les luttes sociales. Pour d’autres, la mise en concurrence rendrait le système ferroviaire plus efficace et compétitif.

     

     

    Source: Le Petit Journal / Louisa Karmoudi

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