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Au Royaume-Uni, «le train est plus cher que l’avion»

  • Au Royaume-Uni, «le train est plus cher que l’avion»

    Au Royaume-Uni, «le train est plus cher que l’avion»

    En Grande-Bretagne, le rail est ouvert à la concurrence depuis 1993. Les prix y ont augmenté, les trains sont plus en retard et l’État débourse davantage.
    C’est d’ici 2020 pour les lignes régionales, et 2021 pour les lignes à grande vitesse, que des opérateurs privés pourront faire circuler des trains sur le réseau ferroviaire.

     

     

    Une ouverture à la concurrence qui fait polémique : elle signerait la fin du service public et conduirait la SNCF vers sa perte, selon ses détracteurs. Pour les autres, la transformation de la SNCF engagée par le gouvernement permettra à l’entreprise de tenir. De plus, la concurrence serait nécessaire pour développer le train en France. Ailleurs en Europe, on s’est ouvert à la concurrence. Avec plus ou moins de succès. Exemple en Grande-Bretagne.

     

    À la gare de King’s Cross, Rose, le nez levé vers le panneau d’affichage, guette l’heure de son train pour Huntingdon, au nord de à Londres. La vieille dame en pardessus à carreaux a choisi Virgin Trains, la compagnie du milliardaire Richard Branson qui gère la majeure partie de la East Coast Main Line entre l’Angleterre et l’Écosse.

     

     

    Point positif pour les voyageurs, dont le nombre a doublé depuis la libéralisation du rail britannique en 1993 par John Major, les petites villes sont mieux desservies. Rose a ainsi un train toutes les demi-heures pour Huntingdon. Et la retraitée apprécie ces rames habillées de rouge et blanc, ces fauteuils rouges estampillés Virgin. « Les trains sont ponctuels », se réjouit-elle. Pourtant, moins de la moitié des trains de la ligne sont arrivés à l’heure l’an dernier.

     

     

     

    Une vingtaine d’entreprises se partagent le marché
    Mais Rose ne s’en soucie guère. Elle n’est pas choquée par le fait qu’un tiers des rames Virgin roulent encore au diesel sur cette ligne, ni ennuyée par les restrictions sur le wifi gratuit. En revanche, elle s’insurge contre les prix. « Aller à Edimbourg coûte moins cher en avion. Là, pour Huntingdon, j’ai payé 23 livres [26,5 euros] pour faire 100 kilomètres, c’est énorme ! » Un trajet bien plus cher qu’en France. Il est vrai que le prix des billets a bondi de 25 % depuis l’ouverture à la concurrence il y a 25 ans.

     

    « Les tarifs augmentent tout le temps », confirme Rose. À en croire le syndicat TUC, les Britanniques dépenseraient aujourd’hui six fois plus pour se rendre à leur travail en train que les Français. Une valse des prix que les spécialistes expliquent par les travaux sur les voies, un temps négligées par le gestionnaire Railtrack issu de la privatisation, et la fragmentation du système.

     

    Entre 1994 et 1997, le réseau de l’ex-British Rail a été découpé et cédé au privé sous forme de franchises : une vingtaine d’entreprises se partagent ainsi le « gâteau » ferroviaire (Great Northern, Southern Rail, First Scotrail…), louent leurs trains à d’autres entreprises, sont supervisées par une instance publique et régulées par une autre… Cette complexité a un coût, supporté largement par les voyageurs et par l’État.

     

     

     

    L’État dépense plus qu’avant
    « Une conséquence inattendue de la privatisation, analyse le spécialiste du rail Christian Wolmar, c’est que l’État doit dépenser plus d’argent pour le rail. » À la clé, une dette ferroviaire de plus de 60 milliards d’euros, plus importante que celle de la France. Des retards et, l’an dernier au moins, des grèves à répétition, une flambée des prix… Une majorité des Britanniques seraient pour un retour des chemins de fer dans le giron public.

     

     

    « En France, vous avez le TGV qui marche bien, il ne faut pas gâcher ça avec des réformes faites à la va-vite ! » conseille John Stittle, professeur à l’école de commerce d’Essex, rencontré sur la ligne Greater Anglia Colchester-Londres. « Ici on a un coût élevé par siège, un état qui subventionne beaucoup et des tarifs élevés… Ce n’est pas une recette qu’on a envie d’imiter ! »

     

     

     

    Source: Le Parisien

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